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J’ai dĂ©cidĂ© d’interrompre ma grossesse Ă  cause du CMV, mon petit ange s’est envolĂ©

Bonjour Ă  toutes les futures mamans et mamans de la communautĂ© Neuf Mois. Je m’appelle Marjorie et j’ai dĂ©cidĂ© de partager mon histoire ici, sur Neuf Mois, celle d’une pĂ©riode extrĂŞmement douloureuse et cruelle. Face Ă  ma feuille blanche, j’ai rĂ©ussi Ă  mettre des mots sur mes maux. Il y a plus d’un an, on m’a diagnostiquĂ© le CMV de ma fille. Ce fut aussi le jour de mon deuil pĂ©rinatal

Une nouvelle vie

Je vis en couple avec JĂ©rĂ©my depuis 13 ans. De cette union, est nĂ© un adorable petit garçon, Antton. Un mois de mai, mon conjoint a Ă©tĂ© mutĂ© en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo (ancien Congo Belge). Pour pouvoir rester ensemble et le suivre dans cette nouvelle aventure, j’ai dĂ©missionnĂ© de mon poste d’infirmière de bloc. Nous sommes partis vivre notre première expatriation en famille pour une durĂ©e initiale de 3 ans. Cette nouvelle vie Ă©tait très agrĂ©able. En plus, notre petit garçon s’est très bien adaptĂ© Ă  tous ces changements. Au bout de deux mois, nous sommes rentrĂ©s en France pour les fĂŞtes de fin d’annĂ©e. Nous avons alors dĂ©cidĂ© d’acheter une maison dans le Sud-Ouest, près de nos familles respectives pour l’après expatriation et nos retours de congĂ©s d’Afrique.

Notre future situation en France nous a donnĂ© l’envie de mettre en route le petit second, ce qui a fait la joie du grand frère. C’était le bon moment, je ne travaillais pas, j’avais le temps de profiter de cette grossesse et de m’occuper de notre aĂ®nĂ©. J’ai Ă©tĂ© très rapidement enceinte. L’accouchement Ă©tait prĂ©vu pour le mois de dĂ©cembre, c’Ă©tait un beau cadeau de NoĂ«l. Un retour pour la France a Ă©tĂ© programmĂ© fin mai afin de rĂ©aliser la première Ă©chographie.

Une suite d’annonces inattendues, tout s’Ă©croule

Quelques jours avant ma première échographie, mon mari a reçu par mail, son avis de licenciement sur fond de crise pétrolière. Ce fut un énorme choc car rien ne le laissait présager, au vu des rapports avec sa société et de ses responsabilités. Notre réaction a été violente face à cette injustice et à la surprise de cette situation. Nous nous retrouvions tout d’un coup tous les deux au chômage, avec un gros crédit à assumer et un bébé en route. Nous étions fous de rage et déboussolés. Malgré tout, il fallait continuer  à avancer.

Deux jours plus tard, l’examen de la première échographie s’est très bien déroulé, tout était parfait. Le gynécologue pensait que notre bébé serait sûrement une petite fille. Nous étions ravis. Pendant cette visite avec mon gynécologue, j’ai évoqué le Cytomégalovirus (CMV) dont j’avais entendu parler sur les réseaux sociaux. Il m’a répondu qu’en France, il n’était pas dépisté car aucune thérapie n’existait pour contrer ce virus et que seulement 20 % des mamans qui contractent celui-ci ont des bébés contaminés. Il n’était donc pas nécessaire d’inquiéter les autres mamans.

Le licenciement de mon conjoint a été très difficile. Notre moral n’était pas au beau fixe mais la perspective d’avoir notre princesse pour Noël nous permettait de tenir le coup. Lors de la deuxième échographie (22 semaines d’aménorrhées), les résultats étaient très satisfaisants, ma grossesse continuait de se dérouler idéalement et la puce grandissait à merveille.

Nous avons programmĂ© la troisième Ă©chographie Ă  32 semaines d’amĂ©norrhĂ©es pour le jour de mon anniversaire, afin d’avoir le plus beau des cadeaux : voir notre petite fille Ă  nouveau. L’échographie est toujours un moment exceptionnel, chargĂ© en Ă©motions. Pourtant ce 15 octobre, j’ai eu un mauvais pressentiment avant l’examen, au point de parler d’interruption mĂ©dicale de grossesse avec mon conjoint. Pendant l’échographie, le gynĂ©cologue a dĂ©tectĂ© une anomalie au niveau du ventricule cĂ©rĂ©bral gauche, qui Ă©tait très dilatĂ©. A ce moment prĂ©cis, j’ai eu le sentiment de ne plus pouvoir respirer, d’avoir le souffle coupĂ©. Mon conjoint, lui, a failli perdre connaissance. Dès lors, je savais que j’avais perdu ma fille. JĂ©rĂ©my, d’un tempĂ©rament plus optimiste que moi, voulait continuer d’y croire. Tout s’est très vite enchaĂ®nĂ©. Nous avons Ă©tĂ© orientĂ©s vers un centre hospitalier Ă  Bordeaux pour y subir de nombreux examens et poser un diagnostic fiable : Ă©chographie de rĂ©fĂ©rence, IRM fĹ“tale, amniocentèse. C’est la neuropĂ©diatre de Bayonne qui nous l’a annoncĂ©, une terrible nouvelle que je connaissais dĂ©jĂ  mais qui nous a Ă©tĂ© confirmĂ©e. C’était bien un CMV. Ce CMV qui a dĂ©truit le cerveau de mon bĂ©bĂ©, de ma petite fille. Ce terrible virus dont personne n’ose parler et pour lequel aucun traitement n’existe. On parle pourtant beaucoup de la toxoplasmose, alors pourquoi ignorer autant le CMV ? C’est une infection assez courante mais qui peut ĂŞtre dangereuse pour le fĹ“tus. Si l’infection a lieu pendant le premier trimestre de la grossesse, le fĹ“tus est exposĂ© Ă  des risques graves tels que retard mental, atteinte cĂ©rĂ©brale, surditĂ© sĂ©vère, handicaps lourds.

Il y a pourtant des moyens de prĂ©vention simples Ă  mettre en place. Le virus se transmet au contact de tous les fluides corporels : salive, postillons, larmes, sperme, urine, sang… Par le contact, les enfants de moins de 3 ans sont particulièrement exposĂ©s Ă  ce virus quand ils sont gardĂ©s collectivement. Quelques idĂ©es de prĂ©vention simples existent comme ne pas entrer en contact avec des fluides corporels ou, bien se laver les mains après, ne pas manger ou boire avec les mĂŞmes couverts que ses enfants, ne pas embrasser ses enfants sur la bouche, ne pas prendre des bains avec ses enfants etc… L’infection au CMV peut se manifester comme un simple rhume ou mĂŞme passer inaperçue. Le CMV est un virus de la famille des Herpès. Quand il y a primo infection, il reste ensuite en sommeil dans le cerveau. Il peut donc se produire une rĂ©activation qui est rare mais qui existe. Apparemment, c’est cette rĂ©activation suite au choc violent du licenciement de mon conjoint qui a rĂ©activĂ© ce satanĂ© virus que j’avais en moi.

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